La vente de Moneris relance le débat sur la souveraineté numérique du Canada

Ce débat concerne surtout les paiements électroniques. Ceux qui paient comptant ne laissent pas une trace transactionnelle

YALLA magazine
Dans un article publié par CBC News, Brock Wilson rapporte que Moneris, l’une des plus importantes entreprises de traitement des paiements au Canada, passera bientôt sous le contrôle de la firme américaine Francisco Partners.
L’entente annoncée par RBC et BMO, copropriétaires de Moneris, est évaluée à 2 milliards de dollars. Moneris traite environ une transaction de paiement sur trois au pays, dessert plus de 325 000 points de commerce et gère plus de 5 milliards de dollars de transactions chaque année.
Pour les deux banques, l’opération semble avantageuse. RBC prévoit un gain d’environ 475 millions de dollars après impôt, tandis que BMO s’attend à un gain de 600 millions de dollars.
Mais CBC News souligne que cette vente soulève un enjeu plus large. Lorsqu’une entreprise qui traite les habitudes d’achat de millions de Canadiens passe sous contrôle étranger, la question ne touche plus seulement les affaires. Elle touche aussi les données, la vie privée et la souveraineté numérique.
Brock Wilson cite Sharon Polsky, présidente du Privacy and Access Council of Canada, qui estime que les Canadiens devraient s’inquiéter, parce qu’il s’agit de leurs informations. Selon elle, ces données pourraient devenir accessibles à des gouvernements étrangers ou à des organismes étrangers d’application de la loi.
Le sénateur indépendant Colin Deacon partage aussi cette inquiétude. Dans une entrevue à CBC, il a averti que des données canadiennes pourraient être demandées par le gouvernement américain et utilisées dans différents contextes.
Le dossier arrive alors que le Canada tente de moderniser ses lois sur la vie privée avec le projet de loi C-36. Ce texte vise notamment à renforcer les droits des citoyens sur leurs données et à encadrer les transferts de renseignements personnels à l’extérieur du pays, mais il n’est pas encore adopté.
La vente de Moneris force donc Ottawa à répondre à une question essentielle. Les paiements numériques sont-ils une infrastructure stratégique pour le Canada. Si la réponse est oui, cette transaction ne peut pas être traitée comme une simple vente entre banques et investisseurs privés.
Ce débat rappelle aussi une réalité simple. Les personnes qui paient comptant ne sont pas exposées au même niveau de traçabilité transactionnelle que celles qui utilisent uniquement des paiements électroniques. Dans un monde où les données deviennent un enjeu de souveraineté, le paiement comptant demeure aussi une forme de discrétion, de contrôle personnel et de protection de la vie privée.






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